mardi 13 avril 2021

Les fondements socio-culturels de la gestion des risques

Tous les week-ends ou presque depuis le début de la pandémie, j'observe que les terrains de football, de rugby, de basket ou d'athlétisme sont pleins de sportifs pratiquant sans masque. 


 

Ceci me fait régulièrement penser à cette discussion que j'avais avec un homme dont le métier était de prendre des risques pour sa vie, qui m'avait expliqué que les notions de risques et de sens des responsabilités n'avaient aucun lien avec l'intelligence ou une quelconque fonction, mais étaient plutot le produit d'une culture et d'une éducation.

Cette réflexion m'est restée et j'adore appréhender l'existence sous le rapport gain/risques.

Lorsqu'on y réfléchit, les gains à pratiquer un sport collectif, à pic-niquer ou à faire une "soirée" paraissent bien dérisoires au regard des risques encourus pour sa santé, mais ceci ne pèse pas bien lourd dans l'esprit de ceux qui s'y emploient chaque week-end.

Je considère que le risque fait partie intégrante de l'existence, il peut survenir dès que vous traversez la rue, que vous cuisinez ou bricolez chez vous.

Certains en sont conscients, d'autres moins, voir pas du tout. Dans l'écrasante majorité des cas, la réaction première face à un risque est l'évitement. Cette réaction est conditionnée par les millions d'années de notre existence animale, mais face à un virus invisible ces mécanismes fondés sur la peur et la conservation ne fonctionnent pas de manière aussi écrasante.

Les virus sont parmi nos plus terribles prédateurs mais ils échappent à nos sens, ce qui leur permet d’être plus destructeurs encore.

Normalement c'est à cet instant que la Science, précieuse alliée de l'Homme depuis des milliers d'années, vient à son secours et lui permet par une combinaison de savoir théorique et expérimental, de prendre des mesures de survie de son espèce.

Sans surprise, une fois le danger détecté, l'évitement devrait rester la technique la plus simple et la plus commode pour se soustraire au danger, c'est à dire ne pas se trouver dans des zones susceptibles de nous contaminer : lieux clos et/ou à forte densité humaine.

Si l'évitement n'est pas toujours suffisant, viennent ensuite les mesures de protection, qui entre une hygiène de base mais rigoureuse et le port occasionnel d'un masque permettent une atténuation sensible au prix somme toute modéré d'un léger sentiment d'inconfort passager.

Enfin, la mesure ultime apportée par la médecine, reste la vaccination afin de s'immuniser contre la contamination, ce qui n'exclut pas les deux premières pour autant !

Mais on voit bien au jour le jour que pour les motifs rappelés plus haut, cette logique de détection/évitement/protection est bien souvent ignorée.

Il faut simplement comprendre que tous les discours ou les campagnes de prévention les plus intelligentes ou violentes n’empêcheront jamais les logiques de "déni" de proliférer, tout simplement parce que nier un risque est souvent la solution la plus commode de traiter un phénomène qui nous dépasse et nous embarrasse.

Le plus préoccupant aujourd'hui est que cette culture du "déni" est pratiquée en toute impunité par des gouvernants populistes de pays de premiers plan, par des "personnalités" (acteurs, chanteurs, humoristes) ou même plus étonnamment certains scientifiques ou médecins bénéficiant d'une forte caisse de résonance médiatique.

Exit donc les solides principes de gestion des risques, place à individualisme et à la liberté sans limite ? Et qui pour porter la responsabilité de milliers de morts passés et à venir ? Cette question n'a-t-elle aucune importance, vraiment ?


 

 


 

 

 


 

 

 

 


dimanche 31 janvier 2021

Remember Boston september 2006

 Septembre 2006. 

Pour la première fois de ma vie, je me rends aux États-Unis et découvre la ville de Boston.

Laurent, l'ami qui m’héberge réside la-bas depuis quelques mois après avoir brutalement quitté sa fiancée, mais ce qui devait être un séjour de vacances extraordinaire s'est en réalité transformé en un séjour pathétique.

Je suis arrivé à Boston brisé, lessivé, dans un état dépressif avancé. Là on peut dire que je touche le fond comme rarement dans ma vie.

Les raisons ? Une accumulation de choses depuis 2004, le déclencheur étant le rejet par une femme durant l'été.

Avec le recul, on trouvera ridicule les états dans lesquels une déconvenue amoureuse peut nous placer, surtout quand on se place sous l'angle rationnel du nombre d’êtres humains sur terre susceptibles de nous convenir, mais sur le coup l'effet tunnel jouant, ce fut un véritable cataclysme me plongeant dans une spirale mêlant autodépréciation et auto-punition.

 Je l'ignorais en venant mais Laurent était à peu près dans le même état.

Mais alors que me pelotonnais dans mon matelas de souffrance, Laurent lui tentait de donner le change et de faire l'animal social.

Livré à moi-même la journée, je trainais dans le petit deux pièces de Cambridge ou allais visiter la ville la plus WASP du pays.

Le soir, après son boulot dans une startup de biotech, Laurent me trainait dans des "parties" étudiantes du campus dans lesquelles se mêlait un cosmopolitisme digne de "L'auberge espagnole".

Perdu dans une multitude de visages inconnus, je prenais un malin plaisir à observer les vagues de positivisme américain se briser sur ma carapace de mal-être.

Nous avions 30 ans, eux presque dix ans de moins, que cherchais-tu là-bas Laurent ? Tu étais aussi paumé que moi garçon mais je me sentais supérieur car plus lucide.

Passé un certain stade de détachement nihiliste, rien ne peut nous atteindre, ni sexe, alcool ou drogue, en réalité tout ce qui t'attirait dans ce milieu d'étudiants attardés.

Tu pleurais le matin, riais, buvais, jouais de la guitare, écrivait des poèmes pour plaire le soir... moi je lisais Mishima et étais fasciné par son esthétisme, son radicalisme aboutissant au suicide.

Je t'agaçais, tu ne comprenais pas à l'époque, pourtant notre souffrance était similaire et aurait du nous rapprocher.

L'un des rares moments ou on se retrouvait était dans l'écoute de "Devils" le meilleur album des Finlandais de "The 69 eyes", avec la voix sensuellement grave de Jurki Linnankivi, et ce groove goth-rock irrésistible qui emplissait l'habitacle de ta Toyota Prius.

https://www.youtube.com/watch?v=1R1F14BJxaY

Que reste-il de ce séjour ?

Malgré tout beaucoup de bonnes choses pour moi :

-la beauté de l'architecture classique Victorienne de South Boston,




-le Museum of fine arts de la ville, de bon gout comme la plupart des musées des USA,

-mes footings sur les bords de la Charles River,

-les achats chez Macy's : le sweat-shirt à capuche des Red Soxes et le blouson de cuir que je porte encore parfois,

-mes incursions quasi quotidiennes dans les magasins de Comics et les trois tomes de Marvel Universe que j'y ai achetés, 

-la découverte de la Nouvelle-Angleterre avec les maisons sublimes au bord de mer de Cape Code et les épaisses forets de la Mohawk's trail.


 

Tout ceci a certainement conditionné mon envie de faire un road trip de 15 jours l'année suivante à l'Ouest du pays.

Par contre, aucune photo de tout ceci, ce que je regrette parfois.

Je sais que de ton coté, tu as fini par revenir en France après avoir parcouru le monde, mais tu as coupé les ponts.

"C'est la vie" comme on dit... ne restent que ces quelques souvenirs épars qui jaillissent occasionnellement.

 

 

 

 



 

 

 



  


 



 

 



 

 

 

 

 


jeudi 14 janvier 2021

La bonne vieille discussion politique de repas de famille

 

On a tous été un jour coincé dans un repas de famille avec un interlocuteur qui veut vous emmener sur le terrain d'une discussion politique.
Je ne sais pas si c'est typiquement français, mais enfant je me souviens de disputes alcoolisées entre un de mes oncles communiste et un cousin de droite avec parfois des brouilles durant des mois.
 

 
Résultat récent pour moi :
-L’État et ses fonctionnaires, c'est rien que des incompétents/fainéants/planqués ;
-Les Écolos c'est rien que des cons, faut faire vite plein de centrales nucléaires ; 
-La Mondialisation, c'est super bien, la preuve c'est grâce à ça qu'on a trouvé un vaccin si vite pour le Covid...
En pareille situation, deux options s'offrent à soi : 
1) entrer dans la bagarre, argumenter et s'énerver,
2) ignorer. 
Généralement quand on est jeune on a le sang chaud et on prend l'option 1) et cela dégénère inévitablement parce qu'en réalité votre interlocuteur n'attend que la confrontation et ne changera en aucun cas son point de vue. Avec l'age l'option 2) est la plus rentable, mais on peut aussi considérer que voir cette personne n'a aucun intérêt, ce que j'ai pratiqué quelques temps pour mon bien-être mental.

mercredi 9 décembre 2020

Faites-entrer l'accusé, le gang des barbares


La rediffusion dimanche soir du numéro de "Faites-entrer l'accusé" consacré au "Gang des barbares" a constitué un grand choc pour moi.

J'ai en effet grandi prés de Bagneux, dans le top 10 des villes de France avec le plus de logements  sociaux, et y ai travaillé 8 années, ce qui explique peut-être pourquoi ce drame relève une connotation particulière pour moi.

En comprenant qu'Ilan Halimi soit resté 3 semaines séquestré et torturé dans un appartement sans chauffage, je me suis demandé ce qui avait du lui passer dans l'esprit :

-A-t-il regretté d'avoir menti à sa petite amie pour rejoindre une inconnue aguicheuse appelée Emma dans l'espoir d'une relation sexuelle ?

-S'est-il senti coupable ? Stupide ? S'est-il maudit de sa naïveté ? A sa décharge, la sulfureuse Emma avait également fait le même effet à d'autres hommes, dont l'un d'entre eux avait failli mourir, roué de coups dans une cave d'Arcueil-Cachan.

-S'est il demandé si les choses auraient été différentes si son ami Samir l'avait accompagné au rendez-vous ce soir-là comme il lui avait demandé ? Les ravisseurs auraient-ils reculé car devant cette présence imprévue qui n'était pas leur cible ? Ou Samir aurait-il lui aussi été agressé et séquestré ?

-A-t-il revécu des souvenirs de sa courte vie ? A-t-il pensé à ses proches ? 

-A-t-il eu des moments plus doux, loin de la peur, de l'humiliation et de la souffrance ?

-A-t-il pensé à négocier ? A se rebeller ? A s'évader ? A en finir ?

Ces questions resteront sans réponse. 

Déshumaniser un homme n'est pas chose aisée : le déshabiller, lui scotcher le visage, l'obliger à boire dans une paille, à faire ses besoins dans des sacs plastiques, lui bruler le visage, le lacérer et lui raser la tête avant de le poignarder pour le bruler à 80%, constitue des traitements similaires à ceux qu'on pouvait faire dans un camp de concentration.

Aucune condamnation ne viendra jamais réparer ce martyr.

Le "gang des barbares" et son chef Fofana ont alimenté bien des débats.

Loin d’être un "cerveau" comme il se proclamait, Fofana était un dominant dans son micro-univers de cité ou son passé de taulard/braqueur faisait référence.

Roi dans un monde ou l'ignorance côtoie la violence, il a réussi à mettre en place une organisation suffisamment robuste pour tenir en échec la police française, qui n'est pas sortie grandie de cette affaire avec une division des rôles : des "rabatteuses" choisies pour séduire les proies potentielles, des "gros bras" recrutés dans des connaissances du 93 pour l'acte d'enlèvement, un réseau de geôliers se relayant pour placer la victime dans un lieu "sur" en plein milieu de sa cité, un appui technique pour rendre intraçables mails et coups de téléphone et surtout un réseau de complicité tenue par la loi du silence et par la promesse de bénéfices ridicules.

Mais ce dispositif comportait des failles, bien mal exploitées par la police, tel cet invraisemblable raté avec le commissariat de Bagneux qui n'a pas reconnu Fofana sur un cliché pris dans un cybercafé, alors qu'il était dans leurs locaux quelques jours précédemment.

La stratégie de rupture brutale des négociations semble également avoir provoqué le dénouement fatal avec une montée de tension hallucinante de la part du chef.

La police semble également avoir sa part de responsabilité dans cette horrible affaire.

Aujourd'hui la plupart des seconds couteaux du gang sont dehors et le chef, enfermé dans des délires psychotiques continue de faire parler de lui en prison.

Ilan lui ne reviendra pas. 








dimanche 15 novembre 2020

Interview de David de Pas dans le Parisien

 

Article intéressant dans le Parisien, d'un spécialiste de l'anti-terrorisme, le magistrat David de Pas :
"La terreur est systématiquement à la recherche d'un prétexte, d'une occasion, d'une justification, mais les organisations et idéologies qui la portent sont avant tout criminelles : elles frappent et vomissent leur propagande pour servir leurs petits intérêts territoriaux et mercantiles. Les organisations djihadistes sont une sorte de synthèse parfaite entre la secte et la mafia...
Peu importe donc que le mal soit "intérieur" ou "extérieur" ou les deux, ce qui compte c'est d'en identifier les contours et de les combattre intellectuellement, socialement, judiciairement militairement. Sans relâche."
 

dimanche 8 novembre 2020

Hommage à Simone Barreta Silva

Hier l'hommage aux trois victimes de l'attentat de Nice a été d'une émotion profonde, les politiciens présents faisant preuve d'une grande dignité.

Parmi ces destins brisés, l'un d'entre eux a attiré mon attention.

Simone Barreta Silva était arrivée à Nice en 1996 après un long voyage depuis Salvador de Bahia ou elle était née en 1976.



 

Son parcours comme il a été rappelé hier, force le respect et devrait plutot servir d'exemple aux jeunes générations.

Quitter son pays et un état pauvre du Nordeste brésilien pour arriver dans un continent et un pays inconnus est une chose très difficile mais trouver la force de s'intégrer dans cette société l'est encore plus.

Et Simone l'a fait, travaillant comme cuisinière puis sachant saisir sa chance pour suivre une formation afin de devenir auxiliaire de vie pour personnes âgées, un choix courageux dans une période saturée de Covid.

Divorcée, Simone a élevé seule ses deux enfants. 

Elle était décrite comme une personne croyante, positive et tournée vers les autres.

Même sa mort, alors qu'elle sortait de l’Église pour donner l'alerte et trouver en elle les dernières ressources pour un dernier adieu à sa famille, peut être considérée comme héroïque.

C'est donc une personne hautement estimable qui a été massacrée par un petit monstre tunisien de 21 ans.

Ce jeune homme a contrairement à Simone, choisi la voie de la facilité. Car il est nettement plus facile de se tourner vers la haine et la violence, que de choisir celle de la construction et du don de soi.

Simone n'a pas été plus favorisée que ce terroriste, elle a juste choisi d'affronter l'existence et de faire de sa vie une œuvre majeure.

Ce triste exemple est donc pour moi hautement édifiant, si nous ne naissons pas dans des conditions initiales égales, le chemin que nous prenons ensuite est entièrement de notre responsabilité.

Simone n'aura sans doute jamais de fresque à son nom comme Georges Floyd, pourtant elle représente ces héros du quotidien de l'immigration, ces femmes, ces mères de familles qui se lèvent tôt, travaillent dur et savent rayonner auprès de leurs proches.

Alors moi, je n'oublierai jamais Simone Barreta Silva, adeus signora !

 






samedi 31 octobre 2020

Etre résilient ? Oui mais comment ?

 

En ces temps troublés dans lesquels nous subissons un second confinement, une crise économique et des attaques terroristes, il est difficile de garder un état d'esprit "résilient" dont une définition est rappelée ci-après :

 
Pour se préserver de la folie, de la violence et de l'absurdité du monde, avoir recours aux disciplines de développement personnel peut être utile. Outre la méditation et le yoga, cultiver son jardin intérieur peut s'avérer une activité sans fin et prodigieusement apaisante : lire, écrire, écouter ou faire de la musique, peindre, bricoler, sculpter, regarder un film qu'on aime...créent des stimuli positifs et aident à apaiser ce sentiment de stress inhérent à l'inconnu et au danger qu'il représente.
La mise en repli ne constitue donc pas une attitude égoïste et stérile, mais peut au contraire s'avérer salutaire pour développer ce terme générique sur employé aujourd'hui de "résilience".
Et vous comment développez- vous vos stratégies de résilience ?